© Ph. Lortscher

C’est un nouveau défi que lancent l’État, la Région Grand Est, l’Agence de l’eau Rhin-Meuse et l’Agence Française pour la Biodiversité : réinventer la préservation des milieux naturels rhénans. Le Plan Rhin vivant s’annonce comme un ambitieux chantier : engager de nouvelles actions de renaturation, recréer des zones humides, prolonger et compléter les actions de restauration déjà entreprises dans les années 1990-2000.

L’enjeu est important : réhabiliter ces milieux naturels, véritables trésors de biodiversité et si précieux pour la régulation des débits ou l’alimentation de la nappe d’Alsace en eau propre, favoriser la reproduction des espèces emblématiques du Rhin et atténuer les effets du changement climatique.

Ensemble, l’État, la Région Grand Est,  l’Agence de l’eau Rhin-Meuse, et l’Agence Française pour la Biodiversité  lancent une nouvelle initiative visant une renaturation globale et coordonnées de la rive française du fleuve. Un programme global de territoire se construit autour d’objectifs ciblés : passer au stade de travaux sur des programmes ou des études réalisés ces dernières années (Vieux Rhin, massif de Marckolsheim), relancer des dynamiques de projets sur des sites déjà pressentis dans les années 1990 mais pas encore mis en pratique, compléter les nombreuses opérations mises en œuvre depuis 25 ans, engager rapidement les premières opérations dans le cadre d’un programme territorial « Rhin ». Ce travail de compilation et d’identification des projets potentiels permet un premier chiffrage des investissements estimé entre 50 et 80 millions €.

La démarche de ces quatre partenaires est formalisée par une convention de partenariat 2019-2025 articulée autour de grands principes : pilotage du projet par le collectif de partenaires qui mutualisent leurs moyens financiers et humains pour accompagner les porteurs de projets, mobilisation des outils financiers existants et aide au montage de programmes européens sur les projets les plus ambitieux, mise en œuvre d’une dynamique de partenariat avec l’ensemble des acteurs rhénans, implication des décideurs allemands et suisses en les associant aux comités de pilotage.

Les quatre signataires s’engagent ainsi à agir de façon coordonnée aux côtés des acteurs riverains du fleuve pour encourager l’émergence de projets. Le coup d’envoi de la mobilisation sera donné le 5 décembre 2019 avec la signature de la convention de partenariat et la mise en avant des premiers projets de renaturation « Rhin vivant ». Ce document stratégique constitue une contribution de la France à la réalisation des objectifs du futur programme Rhin 2040 élaboré au sein de la Commission internationale pour la protection du Rhin (CIPR) à l’échelle du bassin international du fleuve. Un bilan à mi-parcours en 2022 sera établi pour évaluer l’efficacité de la dynamique et la mobilisation des acteurs rhénans. La démarche pourra monter en ambition pour évoluer vers un Plan Rhin vivant élargi.

Le Rhin, un milieu en danger ?

Jadis, les rives du Rhin étaient pratiquement impéné- trables, là où le fleuve avait pris l’habitude d’étendre ses hautes eaux. Seule la forêt y trouvait son compte. Ainsi sesont créés dans la vallée du Rhin supérieur, de Bâle à Lauterbourg et au-delà, des milieux naturels uniques en Europe : des îles et des îlots reconfigurés à chaque crue sur les multiples bras duRhin, des forêts alluviales qui ressemblent par leur enchevêtrement aux forêts tropicales et où la vie prolifère, où les frênes, chênes pédonculés et ormes champêtres grimpent jusqu’à 30 mètres de hauteur et où les lianes abondent. Les milieux alluviaux rhénans constituent une étonnante mosaïque d’écosystèmes façonnée par les inondations et marquée par une très grande diversité d’espèces végétales et animales. Mais ces zones humides, dont l’intérêt patrimonial est indiscutable, ont payé un lourd tribut aux XIXe et XXe siècles. Les travaux successifs d’endiguement, de canalisation et de construction des barrages et des centrales hydroélectriques ont profondément affecté le lit et les berges. Dans la plupart des secteurs, le Rhin a été coupé de ses annexes hydrauliques et des forêts alluviales. La lutte contre les inondations, l’extension de l’habitat, les extractions de matériaux ont également contribué à dégrader et à faire disparaître ces écosystèmes complexes. Les forêts alluviales, véritables poumons du système, en étant pour la plupart déconnectées du fleuve, ont perdu leur rôle de régulateur des plaines alluviales et leur pouvoir de rétention des crues. On estime que 80 % de ces forêts ont ainsi disparu en à peine deux siècles. De beaux massifs ont néanmoins été préservés : ils conservent de grandes qualités en termes de biodiversité et servent de refuges à de nombreuses espèces protégées. A ce titre, ils ont été progressivement classés en réserves naturelles nationales ou en forêts de protection.

GAUCHE © JC Auer – AERM — DROITE © P. Goetghebeur – AERM

Face à ces constats, une première dynamique de renaturation du fleuve, de ses anciens bras et des forêts alluviales a été impulsée à partir des années 1990 impliquant collectivités, communes, industriels et associations. De nombreux travaux ont été entrepris, aussi bien en France qu’en Allemagne et en Suisse, pour restaurer la qualité des eaux, améliorer la franchissabilité piscicole et revitaliser l’hydrosystème fluvial.

Revisiter le Rhin : une ambition française

Mais aujourd’hui, la France porte une nouvelle ambition : développer une approche globale de la renaturation du fleuve permettant aux milieux naturels alluviaux de recouvrer leur pleine utilité. Cette relance d’une dynamique de renaturation des écosystèmes rhénans est, en effet, justifiée par les bénéfices attendus qui sont très importants. Il est d’abord question d’auto-épuration. L’écosystème fonctionnel du Rhin est une véritable usine biochimique naturelle. Une zone humide peut bloquer entre 50 et 100 % des nitrates ruisselants, ce qui permet de protéger la nappe d’Alsace, première ressource en eau du secteur. Second bénéfice : la gestion des crues et des étiages. Un réel impact sur les crues est observé grâce à la fonction « rétention des eaux » permettant de réguler et tamponner une forte arrivée d’eau. Enfin, renaturer c’est favoriser le retour de la biodiversité de manière générale et notamment des espèces emblématiques. L’amélioration de l’écosystème et les aménagements des grands barrages hydroélectriques ont permis aux poissons migrateurs de progresser dans leur reconquête des cours d’eau. Et ces écosystèmes offrent une multitude d’habitats favorables aux oiseaux migrateurs et hivernants.

Les travaux de renaturation constituent aussi un levier d’action face au dérèglement climatique, notamment vis-à-vis des sécheresses, de la multiplication des phénomènes météorologiques brutaux et de la progression des espèces exotiques. Les forêts alluviales permettent de stocker une grande quantité de carbone et les milieux aquatiques forment des îlots de fraîcheur. Les récentes prévisions du GIEC (Groupe d’experts international sur l’évolution du climat), qui annoncent des pics de chaleur en Alsace de plus de 50°C dès 2040 justifient plus encore l’engagement de ces programmes de renaturation capables de contribuer à réguler ou atténuer ces périodes de crises climatiques. À l’instar des mers et des océans sur les façades maritimes, le Rhin et ses forêts alluviales auront un rôle majeur de « climatiseur local ».

Cette stratégie de renaturation vise également à renouer le lien entre la population et le fleuve. La reconstitution de milieux naturels très riches et la préservation des espaces, facteurs d’identité territoriale, peut conduire au développement de l’éco-tourisme – canoë, sentiers découverte, observatoires -avec des opportunités pour l’économie locale

Les projets de renaturation d’écosystèmes et de restauration des services qu’ils nous offrent se placent dans des logiques de développement durable, en conciliant les enjeux et les atouts environnementaux, sociaux et économiques des territoires. Les différents usages du Rhin et des écosystèmes liés sont indissociables.


Pour plus d’informations : www.eau-rhin-meuse.fr

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